Obreal : « Soutenir le développement de l’enseignement supérieur en Afrique et en Amérique latine »

Elizabeth Colucci - OBREAL
Elizabeth Colucci – OBREAL

Le bureau Afrique de News Tank a interviewé le 17/03/2025 Elizabeth Colucci, directrice de la politique et des programmes d’éducation de l’association Obreal.

« Nous voulons convaincre les responsables politiques et les décideurs que les investissements dans l’enseignement supérieur sont des moteurs pour le développement durable. Nous y travaillons par le renforcement de capacité, avec des universités, des associations d’universités et aussi des ministères de l’éducation », déclare Elizabeth Colucci.

Obreal regroupe des universités, des associations et des réseaux régionaux d’enseignement supérieur et des organismes de recherche en Europe, en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Son secrétariat est hébergé par l’Université de Barcelone (Espagne), l’un des membres fondateurs. En France, ses membres actuels sont Sciences Po Paris, l’Université de Bordeaux et l’Université de Montpellier.

Initialement une plateforme de dialogue et de coopération entre l’Union européenne et l’Amérique latine, concentrée sur l’éducation et l’enseignement supérieur, l’association a développé ses projets vers des coopérations plus multilatérales. Pour relever des défis communs, tels que les Objectifs de développement durable, elle met l’accent sur des partenariats sud-sud-nord et pas seulement nord-sud (ou sud-nord).

« En Europe, les universités ont formé beaucoup de réseaux et d’alliances différentes. Nous leur proposons une bannière commune pour développer des coopérations pour le développement, avec une priorité pour des relations sud-sud-nord », dit Elizabeth Colucci. Une grosse partie de son activité concerne aujourd’hui le continent africain, en cohérence avec les objectifs de l’Union européenne.

« Une plateforme pour travailler avec d’autres parties du monde »

Qu’apporte Obreal à ses membres européens ?

Nous leur offrons une plateforme pour travailler avec d’autres parties du monde, spécialement l’Afrique et l’Amérique latine, mais aussi l’Asie, et aussi pour créer des partenariats, et développer des coopérations et des projets fondés sur les valeurs du développement durable. En Europe, les universités ont formé beaucoup de réseaux et d’alliances différentes. Nous leur proposons une bannière commune pour développer des coopérations pour le développement, avec une priorité pour des relations sud-sud-nord.

Comment êtes-vous financés ?

Nos membres ne paient pas de cotisation. Nous répondons à des appels à projets, de l’Union européenne surtout, mais aussi de la Banque mondiale et de la Banque asiatique de développement, et d’autres bailleurs de fonds. Nous recevons aussi des subventions, et nous passons des contrats de service. Par exemple, pour l’Afrique, nous avons un important contrat de service avec la Commission européenne, pour la coordination du programme Harmonisation, quality assurance and accreditation in African Higher Education, qui en est à sa troisième
phase (HQAA3). Ce programme est inscrit dans le programme Mobilité de la jeunesse, au sein de la stratégie Global Gateway. Nous travaillons pour cela au sein d’un consortium de partenaires, tels que le Cames (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), ou l’Union africaine.

Comment les actions d’Obreal sont-elles structurées ?

Le premier secteur important est le renforcement des capacités. Nous travaillons beaucoup avec l’instrument de financement de l’Union européenne « Renforcement des capacités (enseignement supérieur) », qui fait partie d’Erasmus +. Nous menons des projets multipays, avec des consortiums, qui s’appuient sur les besoins exprimés par les partenaires du Sud. En particulier, nous soutenons que ces derniers soient les coordonnateurs des projets. Ainsi, nous avons aidé la Southern African Universities Association (Sarua), association des universités d’Afrique australe, à monter le projet EngageSDG, avec des universités de Zambie, de l’Île Maurice et d’Afrique du Sud, et une demi-douzaine d’universités européennes. Il s’agit de renforcer la capacité des universités d’Afrique australe à contribuer à la réalisation des ODD (objectifs de développement durable) dans leur environnement local en utilisant des approches participatives. Ce projet est financé par Erasmus +, coordonné par Sarua, et accompagné par Obreal. Nous avions aussi contribué à mobiliser les partenaires européens. Un autre exemple est le cycle d’ateliers que nous accompagnons en ce moment au Burkina Faso, en lien avec le Cames (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur) et financé par la délégation de l’Union européenne dans ce pays, pour développer les capacités des enseignants-chercheurs à répondre à des appels à projets dans le cadre d’Erasmus +. Nous avons aussi un partenariat stratégique avec l’Agence universitaire de la francophonie.

Vous avez aussi parlé de coopérations sud-sud-nord. Comment cela se traduit-il ?

Nous voulons convaincre les responsables politiques et les décideurs que les investissements dans l’enseignement supérieur sont des moteurs pour le développement durable. Nous y travaillons par le renforcement de capacité, avec des universités, des associations d’universités et aussi des ministères de l’éducation. Nous soutenons aussi des dialogues interrégionaux. Un exemple significatif est la série de conférences que nous avons inaugurée en 2022 avec la Commission de l’Union africaine et la Communauté d’États latino-américains et Caraïbes (Celac) sur l’éducation pour le développement. Ces conférences rassemblent des acteurs de différents niveaux, des gouvernements, des associations d’universités, des universités, ainsi que des enseignants-chercheurs, pour des discussions qui débouchent sur des projets. Par exemple, la première conférence, organisée à Buenos Aires en 2023, avait défini plusieurs domaines de coopération prioritaires en matière d’éducation et de recherche entre l’Amérique latine et l’Afrique, dont la biotechnologie. À la suite de cela, nous avons mis en place un cours en ligne consacré aux biotechnologies, avec une perspective africaine et latino-américaine, et nous avons soutenu plusieurs réponses à des appels à projets dans le domaine, en connectant des universités et des centres de recherches africains, latino-américains et européens. La deuxième édition a eu lieu en 2024 à Addis-Abeba, au siège de l’Union africaine. La troisième se déroulera à Bogota, en Colombie, en octobre 2025.

Avez-vous d’autres activités ?

Nous partageons notre expérience des projets de renforcement des capacités, de formations, et de dialogues politiques dans des publications. Plutôt que de publier des actes de conférences ou des articles scientifiques, nous publions des livres blancs et des synthèses politiques, avec l’objectif que les responsables politiques et universitaires s’en saisissent pour agir.

Fin janvier 2025, vous avez accueilli à Barcelone Mohamed Belhocine, commissaire de l’Union africaine pour l’éducation, la science, la technologie et l’éducation. Vous avez aussi une action de mise en relation entre les responsables politiques et universitaires ?

Il avait apprécié les deux premières conférences de dialogue interrégional, notamment le fait que les points de vue africain et latino-américain sur l’enseignement supérieur et l’éducation soient le point de départ des discussions. Il est venu à Barcelone pour en rediscuter, explorer de quelle façon Obreal pourrait collaborer encore plus avec l’Union africaine. Et nous avons organisé des contacts avec les responsables universitaires catalans, avec les autorités gouvernementales de la région et aussi avec le représentant de l’Union européenne à Barcelone. Comme nous ne sommes pas financés directement par un gouvernement, nous pouvons jouer un rôle d’intermédiaire politiquement neutre. En outre, notre petite taille nous permet d’être très réactifs pour établir des connexions entre les organisations et entre les personnes.

Cet article produit par Afriscitech a été publié par NewsTank Éducation & Recherche le 17/03/2025. Il est reproduit avec l’aimable autorisation de NewsTank.

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