Afrique du Sud : l’Académie des sciences s’alarme de l’arrêt des financements américains

Quarraisha Abdool Karim. CC BY-SA 2.0 Natural Sciences
Quarraisha Abdool Karim. CC BY-SA 2.0 Natural Sciences

L’Académie des sciences d’Afrique du sud (Assaf) alerte sur « la crise extrême » à laquelle fait face la communauté scientifique du pays, avec la suspension de l’aide américaine, le 30/04/2025.

L’institution demande au gouvernement de prendre la défense des projets scientifiques sud-africains. Depuis l’investiture de Donald Trump le 20/01/2025, ce dernier a multiplié les décrets s’attaquant à l’USAID. Les programmes de financement de diverses agences américaines, tels l’Institut national de santé (NIH(National Institutes of Health)) ou le centre de contrôle des maladies (CDC (Center for Disease Control and Prevention)) sont aussi affectés.

Le pays le plus concerné par ces financements, après les États-Unis eux-mêmes, est l’Afrique du sud. “Bien que l’étendue des coupes financières des USA (United States of America) est plus visible dans le domaine des sciences biomédicales et dans la recherche sur le VIH/SIDA et ses traitements, ces baisses de financement posent de grands risques à l’académie, et auront des effets dans toutes les disciplines”, assure l’Assaf.

Les réductions de financement ont déjà des conséquences, comme l’indique à News Tank, le  16/05/2025, Quarraisha Abdool Karim, directrice scientifique associée du Centre pour le programme de recherche sur le Sida (Syndrome d’immunodéficience acquise) en Afrique du Sud, et présidente de The World Academy of Science (TWAS).

Ses équipes sont impliquées dans des essais cliniques financés par l’Institut national des allergies et maladies infectieuses américain. Elles devaient recevoir les fonds en deux tranches : une première pour les six premiers mois, et une deuxième début mai pour les mois suivants. « Nous avons été informés que le système a été changé il y a quelques semaines, et nous ne pourrons pas recevoir la deuxième tranche », déplore-t-elle.

Les conséquences et réponses attendues par l’Assaf

L’Assaf déplore plus précisément quatre conséquences des décisions du président américain :
• la réduction des partenariats entre les chercheurs sud-africains et américains : « La valeur inestimable de ces partenariats a été mise en évidence dans le domaine des maladies infectieuses lors de la récente pandémie de Covid ; la découverte à l’époque du variant omicron par des scientifiques africains en Afrique du Sud et au Botswana en est un exemple frappant. » ;

  • le risque de délitement des infrastructures de recherche et développement sur lesquelles reposent ces partenariats, dont la reconstruction serait longue ;
  • la réduction des échanges académiques entre les deux pays, en particulier à cause du durcissement de la délivrance de visas ;
  • la menace globale sur les libertés académiques, auxquelles les Sud-africains, soumis à la politique d’apartheid pendant des décennies, sont particulièrement attachés.

L’Assaf appelle le gouvernement sud-africain a appliquer trois mesures :

  • la défense publique des valeurs constitutionnelles du pays, notamment la liberté académique ;
  • le déblocage de fonds, gouvernementaux comme de tierces parties, pour les domaines de recherches affectées par la suppression des financements ;
  • l’organisation de consultations avec l’académie et ses membres, pour organiser une réponse soutenue et productive à la crise que connaît la recherche sud-africaine.

L’Assaf regrette aussi le coup porté à des programmes menés, pour certains, depuis plusieurs décennies, tel le plan présidentiel d’urgence pour la lutte contre le Sida (PEPFAR), lancé en 2003 par le président George W. Bush. « L’investissement sur vingt ans dans le PEPFAR a été transformateur. Mais il reste quelques pays avec des taux de nouvelles infections encore positifs. Pourquoi donc vouloir s’arrêter à quelques pas de la ligne d’arrivée ? », déclare Q. Abdool Karim à News Tank

L’arrêt des financements entame aussi la confiance créée entre les institutions américaines et les chercheurs africains en général, selon le communiqué. « Comment les chercheurs dans les nouvelles démocraties africaines, qui ont connu l’impérialisme et le colonialisme, et avec lesquels nous avons passé des années à établir des rapports de confiance, pourront-ils encore compter sur nous après ça ? », conclut Quarraisha Abdool Karim.

Cet article produit par Afriscitech a été publié par NewsTank Éducation & Recherche le 26/05/2025. Il est reproduit avec l’aimable autorisation de NewsTank.

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